un parcours semé d’embûches pour le grand public


Suite au début du nettoyage en France le 11 mai dernier, le masque est obligatoire dans certains magasins et dans les transports en commun. Les entreprises doivent également le livrer à leurs employés au travail. Mais leur approvisionnement n’est pas sans difficultés.

Selon le gouvernement, 60 millions de Français sont en âge de porter le masque. Parce qu’avec deux masques jetables par jour, car ils ne peuvent pas être utilisés plus de trois ou quatre heures, cela signifie que 120 millions de masques par jour. Mais tous les modèles ne sont pas jetables: les masques en tissu peuvent être lavés et réutilisés, dix fois, encore vingt ou même quarante … Par conséquent, il n’y a pas d’estimation complète et précise, mais ces quelques chiffres sont suffisants pour mesurer les besoins, et ils sont énormes.

Les masques de consommation ne sont pas ceux utilisés dans les hôpitaux. De plus, le nez français, breton-breton ou africain a des masques «maison» parfaitement légaux à porter. Mais certains modes de fonctionnement nécessitent des performances minimales. Cela est particulièrement vrai des masques que les entreprises doivent fournir à leurs employés. Certaines personnes demandent également des garanties sur la capacité de leur masque à filtrer les blocs de courrier, leur durabilité pour les lavages successifs …

Mise en bouteille pour tests

Toutes ces caractéristiques ont été confirmées dans un mémorandum interministériel. Aujourd’hui, deux institutions françaises réalisent la plupart des tests qui peuvent être utilisés pour confirmer effectivement les performances des masques sans les octroyer. Un grand défi car seulement 25% des masques testés réussissent les tests.

Les deux institutions qui distribuent la quasi-totalité des tests effectués sur les masques au grand public sont la Direction générale de la défense (DGA) et l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH), qui ont même dû apprendre à le faire du jour au lendemain. Mais alors que les deux organisations ne peuvent exécuter qu’un total de 100 tests par jour, les fabricants leur envoient près de trois fois plus de demandes. Il y a donc de la congestion.

 » Pour réduire cette congestion nous fonctionnons avec deux leviers, explique Jacques-Hervé Lévy, directeur général de l’IFTH. Premièrement, en poussant les petits fabricants de masques à utiliser exclusivement des matériaux déjà référencés par les fournisseurs de matières premières textiles (tissus déjà testés et validés, note). Et d’autre part, nous augmentons la capacité de l’IFTH à essayer d’attraper le plus rapidement possible la masse de masque que nous n’avons pas encore testée.  »

En attente de près d’un mois

Patrick Burgué, le directeur commercial d’Artiga, une entreprise de lin généralement fabriquée au Pays basque français, est assez habitué aux nappes et rideaux. Mais il a adapté ses outils de production et a commencé à vendre des masques en tissu à des entreprises qui étaient censées les fournir à leurs employés. S’il choisit immédiatement un tissu qui a déjà été testé et validé, il doit envoyer son propre modèle à l’IFTH afin de donner des garanties à ses clients et commencer à vendre ses masques. Il a dû attendre près d’un mois pour une validation valable.

 » Cela a nui à l’authenticité du produit que vous avez vendu, reconnaît ce fabricant, qui est cependant très compréhensif étant donné le contexte et le nombre de demandes d’essais reçues par l’IFTH en même temps. Nous sommes toujours sur un problème qui affecte la santé, il est donc important d’avoir cette validation. Si nous investissons au niveau commercial, cela peut être un obstacle au commerce pour nos clients. Et cela s’applique à toutes les entreprises qui, comme nous, ont commencé à produire des masques. « 

L’installation d’un nouveau laboratoire la semaine dernière en Alsace et l’augmentation des capacités de l’IFTH avec l’ajout d’un réservoir d’essai pourraient raccourcir le temps d’attente pour les entreprises souhaitant tester leur production.

Masques jetables importés

En plus des masques réutilisables en tissu, il est également possible de se protéger avec des masques jetables. La plupart d’entre eux sont importés. C’est le cas des centaines de millions de masques jetables vendus dans les supermarchés, où les Français s’approvisionnent principalement eux-mêmes, généralement en provenance de Chine. Ici aussi, nous devons garantir leur qualité et leur efficacité. A leur arrivée sur le sol français, les masques importés sont également testés, au moins sur échantillons. Avant de le faire, les importateurs doivent d’abord garantir la qualité de leurs marchandises, en s’appuyant notamment sur les normes fixées par les autorités françaises.

Olivier Audino est le directeur de la société lyonnaise BME Consulting, qui propose au grand public des masques jetables de Chine. Il affirme que près de trois millions de masques sont importés et livrés à environ 200 clients, dont certaines grandes sociétés du Cac 40. Olivier Audino a réussi à sécuriser sa supply chain avec des masques répondant aux normes en vigueur, mais il décrit également toutes les difficultés qu’il a dû surmonter.  » Nous avons eu de mauvaises surprises. Ce qui nous est arrivé, par exemple, c’est un fabricant qui voulait fournir des produits dont les coutures étaient mal faites: pas symétriques, qui dépassaient légèrement. Cependant, cette société disposait de tous les certificats de conformité nécessaires.  » Nous allions travailler avec eux, mais quand nous avons vu les marchandises, nous les avons refusées.  »

Certificats invalides

Olivier Audino explique qu’il a inspecté quinze fournisseurs, juste pour en garder trois. Après avoir soigneusement examiné les documents de chacun et surtout sur place après avoir visité chaque usine pour vérifier la qualité des produits finis.  » En Chine, et ce n’est pas seulement une crise, si vous n’êtes pas là pour faire un contrôle qualité en fin de production, le résultat final sera presque la moitié de la qualité. Grâce à son expérience, il a pu éviter les mauvaises surprises ou plutôt les rencontrer avant qu’il ne soit trop tard. D’autres concurrents n’ont pas eu autant de chance.  » Certains ont commencé à importer des masques sans connaître le commerce de l’importateur avec la Chine. Ils ont passé des commandes comme s’ils étaient sur Amazon. Les douanes ont examiné la qualité, en particulier au niveau des certificats, et ont constaté que les certificats étaient faux. « 

« Beaucoup plus difficile en France »

Pour éviter ces écueils, les importateurs doivent donc être particulièrement vigilants. Il appartient ensuite aux douanes françaises d’effectuer les contrôles et éventuellement d’empêcher la marchandise. Ce qui est rassurant. Mais les importateurs condamnent également les dysfonctionnements, bureaucraties qui pénalisent la livraison de l’hexagone.

 » Les importations de masques vers la France ont été beaucoup plus difficiles que vers tout autre pays de notre client, assure Olivier Audino, directeur de BME Consulting, avec une irritation qui n’est pas cachée dans la voix. Des extensions ont été faites sérieusement. Nos masques étaient 100% compatibles, mais nous avons dû changer l’emballage deux fois car la réglementation avait changé en deux semaines. Nous avons des collègues qui ont envoyé leurs marchandises, mais avant l’arrivée des marchandises importées, la réglementation avait changé. Soudain, les produits sont restés bouchés, parfois retournés en Chine pour reconditionnement, puis réexportés vers la France, uniquement en raison de problèmes de logo de boîte. « 

Ni la direction générale des entreprises (DGE), un organisme public relevant du ministère de l’économie qui agit comme interlocuteur pour les entreprises dans tous les masques, ni la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente les chaînes de supermarchés, n’ont accepté de répondre aux questions de RFI. En tout cas, aucune des personnes interrogées ne craint le manque de masques pour le grand public en France.

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